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Le pianiste Bobby Few nous quittait il y a tout juste un an. Installé en France de longue date, beaucoup ont pu partager de magnifiques moments avec lui, musicaux bien sûr mais aussi ô combien humains compte tenu de sa personnalité des plus chaleureuses.
Je l’entends pour la première fois à l’âge de 18 ans dans l’album d’Albert Ayler « Music is the Healing Force of the Universe » que j’achète en 1969 peu de temps après sa sortie. J’y découvrais également le batteur Muhammad Ali.
C’est dans les revues de jazz que je lisais régulièrement que j’entends parler de la venue en France du fameux quartet de Frank Wright. Je devais alors me contenter des comptes-rendus des concerts qu’il donnait au Chat Qui Pêche. Je trépignais d’impatience de voir ce groupe en direct. Bobby Few, Muhammad Ali et Alan Silva, contrebassiste qui m’avait déjà bouleversé dans l’album « Conquistador » de Cecil Taylor. L’occasion se présenta avec Rouen Jazz Action qui programma le quartet le 7 mai 1974. Choc inoubliable que je garde en mémoire. Me rendant au concert, je reconnais, en passant devant un bar d’une rue non loin du lieu de concert, la silhouette de Bobby Few. Je décide de pousser la porte juste pour l’aborder. Bobby Few dans ma ville, accoudé à un comptoir, seul ! Je ne sais pas ce que j’ai pu lui dire avec mon anglais très approximatif, mais pour la première fois je croisai son regard lumineux et entendis sa voix à l’accent hésitant mais chantant. Je courus au concert ! Poster de Bobby, disque « Center of the World », souvenirs indestructibles de cette soirée.
Les années qui passèrent me permirent d’entendre et de rencontrer plus fréquemment Bobby Few comme par exemple aux premiers temps du Duc des Lombards à Paris où l’on écoutait sa musique accoudés au bar ou bien serrés sur quelques chaises collées à une poignée de tables. Je reviendrai plus tard sur tous ces moments toujours très chaleureux et très émouvants. J’y faisais la connaissance de ses partenaires : Suliman Hakim, Jack Gregg, Joe Lee Wilson… On connaît le parcours, les nombreuses collaborations du pianiste qui sera bien affecté d’ailleurs par la disparition de nombre de ses complices à commencer par celle d’ Albert Ayler, son ami d’enfance, de Frank Wright, Noah Howard, puis de Steve Lacy, Oliver Johnson, JJ Avenel, son cousin Bob Cunningham, Sunny Murray et tant d’autres avec qui il s’était produit. Bobby Few traverse toutes ces épreuves et résiste de toutes ses forces à la maladie qui le frappe à son tour, constamment épaulé et soutenu par Simone sa femme.
Durant toutes ces années d’événements partagés, je ne savais pas alors que j’aurais moi-même l’occasion de lui offrir la scène. Ce fut le cas en créant, alors installé à Nîmes, l’Association Le Jazz Est Là. Ce fut notre première affiche en 2009 avec Bernard Santacruz et Samuel Silvant. Magnifique version de « Nature Boy ». Les mêmes reviendront à l’Ever’in avec le trompettiste Rasul Siddik en 2014. En 2011, ce fut en duo avec son contrebassiste Harry Swift. Rejoignant le piano pour la 2ème partie, Bobby me fait un petit clin d’œil « hé Patrice, free jazz ! ». Ca ne manque pas, il attaque une très impressionnante version du fameux « Healing Force » qu’il se plaisait à jouer. C’est lui encore qui inaugura avec un solo en 2015 le lieu du Domaine d’Estagel où il reviendra un an plus tard pour un inoubliable duo de pianos avec l’ami Tom McClung qui décédera peu de temps après ce concert.
Bobby nous quitte, lui, le 6 janvier de l’an passé. Ses doigts depuis n’égrènent plus les touches du clavier comme lui seul savait le faire passant de la tempête à l’accalmie, le tout ponctué de blues et de swing. Souvenons-nous de l’homme qu’il fut, de sa musique à son image, écoutons-le encore et faisons-le écouter, seul hommage vraiment possible.
Oui Bobby, nous avions bien fait de croiser nos regards dans le bar !
Patrice Goujon 05 01 2022
Souvenir Sceaux What
A cette époque en 1986, je devais avoir 17 ans, j’écoutais Sonny Rollins, Louis Armstrong et j’avais une ou deux cassettes de Barney Wilen, dont l’album La Note Bleue . L’autre album c’était Jazz sur la Seine . Je l’adorais aussi… et comme il avait été enregistré presque à ma date d’anniversaire + 12 ans, j’y voyais comme une dédicace personnelle. Haha, ce n’était pas par hasard si ce disque me parlait !! On est mignons quand on est jeunes…
Et, petite parenthèse, vu que j’avais aussi le disque Pyramid du MJQ, disque offert par mon père, et que les mêmes Milt Jackson et Percy Heath faisaient partie de l’équipe de « Jazz sur la Seine », j’ai commencé à écouter les personnalités, à les retrouver, ausculter les pattes de chacun. Même si Milt Jackson, dans l’album de B. Wilen, est au piano.
Sur le disque La note bleue , il y avait « Whisper not »
Quand on est jeune apprentie de jazz, ce que j’étais, c’est un thème qu’on a envie de jouer… la mélodie évoque une histoire limpide, il y a des marquages mélodie/rythmique en questions/réponses qu’on est tout excités de pouvoir jouer.
J’avais une Precision Bass de 1972, j’étais bassiste depuis 2 ans et le pianiste de mon groupe de Jazz « Hydrogénocarbojazz » m’écrivait mes lignes de basse que je répétais inlassablement. A l’époque, je n’étais pas encore mûre pour improviser mes walking bass. Il m’avait écrit la walk pour Whisper not et quand on jouait ce thème, on était conscients de jouer LE morceau difficile du répertoire.
Quelle histoire ce groupe ! Alors que les grands-frères faisaient du rock avec le groupe Thermidor, nous, les petits (mon pote Xavier Bornens et moi-même et nos potes Nicolas Vignier au sax, Alain Bonnin au piano et Bertrand X… à la batterie, remplacé plus tard par Alex S.), on avait ce quintet de jazz. A 16 ans, j’allais aux répètes en mobylette avec ma Precision dans son énorme flight-case rigide entre les jambes, genre de truc pas du tout pratique. On répétait dans la cave du batteur.
« Whisper not ».
J’aimais ce thème. J’avais vraiment l’impression de jouer du Jazz quand on l’entamait… il y avait quelque chose de précieux à ne pas abîmer.
J’habitais en banlieue parisienne, banlieue sud, sur la ligne du RER B. Juste à côté du Centre Culturel des Gémeaux, où les vendredi soir c’était Jazz Club au « Sceaux What ». Ce n’est que l’année suivante que j’y suis devenue serveuse.
Avec les potes, on était une petite bande de jeunes de 17 à 19 ans à aller écouter du DjÂzz tous les vendredis. Je me souviens de Zool Fleischer qui s’était mis debout pendant ses solos (mon frère m’avait prévenue « Tu vas voir, au bout d’un moment il s’excite »), et comme la scène était courte, son siège, en bout de scène, était tombé.
Je me souviens de Marc Ducret-avec-des-cheveux, qui avait joué de la guitare fretless (je ne me souviens plus avec quelle formation…) et de l’incroyable timbre que cela avait. Je crois que c’est ma première vraie prise de conscience de la caractérisation d’un son… A l’époque, musicienne depuis l’âge de 6 ans, je jouais, je jouais et puis… bon. Je jouais quoi… Le son n’était pas encore quelque chose que je pouvais envisager comme une matière à travailler. Cette guitare fretless, jouée par Ducret - c’est pas rien non plus - a été une découverte primordiale. J’ai encore le timbre dans mes oreilles, ma madeleine de Proust à moi.
Bref…
Ce vendredi soir là, il ya avait Barney Wilen en quartet avec à la contrebasse, tenez vous bien (… tenez-vous mieux!!) Jean-François Jenny Clarke. Je ne me souviens plus des deux autres… Ou bien était-ce en trio ?
Et j’avais envie… nom de dieu que j’avais envie d’entendre « Whisper not ». Et a un moment, Barney Wilen et JF Jenny Clarke discutent à voix basse sur le choix prochain thème à jouer. Et submergée par mon élan alors que j’étais assez timide, je lance ma suggestion à haute et intelligible voix « Whisper not ! ». Je les vois hésiter et finalement B. Wilen qui dit non. Mais je crois qu’à la place ils ont joué « Along came Betty ». Je n’ai pas perdu au change.
L’année suivante, en petit job étudiant je deviens serveuse au Sceaux What. Tous les vendredis je sers au restaurant et des consommations en salle. J’y ai donc croisé Daniel Humair un soir. C’était pas un moment facile… j’étais derrière le comptoir, il vient vers moi d’un pas très décidé et le sourcil ombrageux, et me lance « Mademoiselle, le guacamole ça ne se fait pas comme ça ». Je ne sais plus ce que j’ai répondu, en bafouillant, mais j’avais été troublée d’être alpaguée pour m’expliquer sur quelque chose qui était tout à fait hors de mon champ d’action.
Depuis, quand je fais du Guacamole, je l’appelle Daniel.
Et quand j’écoute Barney Wilen, j’ai un murmure magique dans les oreilles. Et l’image d’un grand gars qui, tout près de B. Wilen, jouait de la contrebasse, assis sur un haut tabouret.
Alors bon, quand je suis devenue contrebassiste 10 ans plus tard, on dira ce qu’on voudra… mais, haha… ce n’était pas par hasard !
Maryse Gattegno 7 janvier 2021
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Mes Souvenirs de Musique
John Coltrane Quintet (avec Eric Dolphy) - Paris, 18/11/1961
Je suis étudiant à Paris cette année-là, non pas en musique, mais en droit public. Lorsque le concert du quintet de Coltrane a été annoncé, je me suis précipité, malgré mes faibles moyens financiers, car j’étais ébloui par cette musique, que j’écoutais depuis deux ou trois ans déjà.
J’étais venu avec un copain et nous sommes entrés à l’Olympia légèrement en retard : Le groupe attaquait « Blue Trane » ! Quelle forte impression ! Je crois la plus forte que j’avais eue musicalement. L’impression d’être emporté par un torrent musical...Et de me sentir si concerné, au plus profond !
John Coltrane Quartet - Juan-les-pins, Juillet 1964
Seconde rencontre et nouveau bouleversement, avec un quartet incroyablement soudé et une interprétation de Naima, qui m’a totalement bouleversé. En coulisse, j’ai même réussi à photographier le saxophoniste ainsi que Charles Trenet ! Je jouais du saxophone en amateur à l’époque, et j’étais particulièrement touché par cette musique et ce groupe merveilleux.
John Coltrane Quintet - San Francisco, Août 1966
Quelques jours de vacances passant par San-Francisco, à la suite d’un emploi d’enseignant en français dans un cours d’été à Monterey, en Californie. J’aperçois une affiche « concert de John Coltrane » au grand club de jazz de la ville. Le soir-même nous y sommes (avec ma sœur et ma compagne). Je pensais entendre à nouveau la même musique. Mais, là, surprise ;en deux ans la musique s’est complètement transformée : plus de progressions harmoniques « traditionnelles », plus de mélodies suivre. C’est une musique touffue et violente (qui correspond bien à la situation socio-politique du moment). Magnifique, mais que l’on’appréhende pas de la même manière qu’en 1964. D’ailleurs les interprètes ont changé : Rashied Ali, Alice Coltrane et Pharoah Sanders apportent une impulsion nouvelle. Et la forme est presque totalement « free ». J’avoue que j’ai eu du mal à suivre le scénario : je me suis contenté de ressentir !
A la pause, je vois Coltrane au bar, un verre de Coca à la main, je me dirige vers lui et engage la conversation. Avec une extrême gentillesse et une grande simplicité, le musicien me fait part de ses pensées sur la musique et les musiciens et de son désir de créer un centre où les musiciens pourraient se rencontrer et même être aidés, notamment à monter des projets...
Malheureusement il devait disparaître un peu plus d’un an après.
Doudou Gouirand 28 12 2020
Le quartette de John Coltrane à Paris en juillet 1965
Cela s’est passé à Paris, salle Pleyel, le 28 juillet 1965. Nous étions, Hélène et moi, dans notre dix-neuvième année. Après quelques rencontres décisives pour nous au Quartier latin, nous nous préparions à une rencontre d’une autre nature, celle avec le quartette de John Coltrane. « Quartette classique » ou « quartette de légende », les deux qualificatifs me semblent amplement justifiés.
On ne se rendait pas à un concert de Coltrane en toute quiétude. L’attente du public était forte, fiévreuse. La salle Pleyel était pleine à craquer. Qu’allait-il se passer d’inédit ou de scandaleux ce soir-là ? Certains concerts à Paris s’étaient mal passés. Sa musique avait pris à rebrousse-poil une bonne partie du public à plusieurs reprises. On avait parfois déploré une sonorisation médiocre. Coltrane dans ces années-là suscitait les passions, les polémiques, les déceptions, les réserves, mais aussi l’enthousiasme ou l’admiration.
Depuis 1960, j’avais suivi l’évolution de Coltrane depuis son passage dans le groupe de Miles Davis. Les disques qu’il avait gravés ne parvenaient pas toujours en France dans l’ordre chronologique. Cependant les articles et les analyses pointues dans Jazz magazine, les Cahiers du Jazz et Jazz Hot me permettaient de suivre le parcours plein de surpriseset d’apparentes contradictions de John Coltrane et des trois musiciens de sa formation. J’avais acquis la plupart de ses albums : « Blue Train », « Giant Steps », « Ballads », « Duke Ellington & John Coltrane », « Live at Birdland », « My Favorite Things », « Coltrane plays the Blues », « Olé »…
Pour ce concert salle Pleyelnous avions eu la chance d’avoir de bonnes places. A gauche se situait le piano de McCoy Tyner, au centre en arrière, la batterie d’Elvin Jones et au premier plan un peu à droite, la contrebasse de Jimmy Garrison. Aucun salut, aucune présentation. Les trois hommes se mirent à jouer sans préambule. Le trio était dans une forme superlative, bouillonnante, que ne peut pas rendre un enregistrement. Et tout à coup, Coltrane surgit des coulisses en soufflant déjà dans son saxophone ténor. Tout en jouant, il alla se positionner devant Elvin Jones et à côté de Jimmy Garrison. Son instrument semblait animé d’une vie propre qui tirait Coltrane en avant, le malmenait dans divers sens.Il attaqua par « Ascension ».
Le musicologue, Michel-Claude Jalard, cité par Alain Gerber dans son livre « Le cas Coltrane », avait trouvé les mots justes en écrivant que « chez Coltrane, la subversion du thème engendre une fastueuse prolifération sonore ». Ce fut le cas lors de ce concert, aussi bien avec « Ascension » qu’avec les deux autres thèmes qui suivirent, « Afro Blue » au soprano et « Impressions » à nouveau au ténor.
Le mot subversion semblepresque un peu faible pour évoquer le phrasé de Coltrane au cours de ce concert. Il célébrait brièvement un thème connu des amateurs pour aussitôt le mettre en pièces, le rendre méconnaissable, au risque de révolter le public en bousculant ses conformismes esthétiques. Coltrane nous submergea d’un déluge sonore impitoyable, inexorable, d’une rage qui s’exprimait par des notes comme déchirées, se bousculant et se superposant à une vitesse inouïe. A une chute vertigineuse dans le registre grave succédait immédiatement une montée hallucinante dans le registre suraigu.
Chercher à comprendre sur le champ les intentions de ce grand créateur était vain. Un concert n’était pas un spectacle pour lui mais un champ d’expérimentation. Sans chercher à nous plaire ou à nous provoquer, il nous faisait don de ses recherches en
cours qui ouvriraient une nouvelle voie, ou déboucheraient peut-être sur une impasse, on verrait bien.
Dès que John Coltrane terminait un solo, il se retirait en coulisse. La fête sonore se poursuivait alors au même niveau d’incandescence. Le jeu d’Elvin Jones était à la fois torrentiel, inventif et d’une parfaite lisibilité. Si au cours de ce concert, Coltrane me sembla tenir à distance le lyrisme mélodique qui nous avait si souvent ému, son pianiste, McCoy Tyner l’assumait pleinement, l’amplifiait brillamment, avec un obstinato implacable de la main gauche. Pas plus qu’Elvin Jones, il n’était la doublure, le faire-valoir du leader mais un interprète singulier d’une grande imagination.
De son côté, Jimmy Garrison nous gratifia d’un long solo original. Certains spectateurs manifestèrent des signes d’impatience. Garrison, hilare, poursuivait sereinement son solo. A un moment il tira de son instrument des effets de guitare flamenco. Puis il passa à l’archet. Sa musique me fit alors penser à la sonate pour violoncelle seul de Zoltan Kodaly(qui, soit dit en passant, ne manquerait pas de séduire tout amateur de jazz). Cette parenthèse relativement apaisée à la basse en choqua plus d’un. Nous fûmes ensuite repris sans transition dans la tourmente coltranienne, suffocante, chaleureuse et terriblement émouvante.
Lorsque Coltrane eut terminé la reprise du dernier thème, « Impressions », il recula vers la coulisse tout en jouant. Les autres membres du quartette semblaient ignorer eux-mêmes s’il reviendrait. De nombreux spectateurs criaient, tempêtaient, trépignaient pour exiger le retour de John Coltrane sur scène. Le concert avait duré cinquante minutes, d’une seule coulée. Les spectateurs étaient mécontents parce que c’était trop court. Coltrane en particulier n’avait pas joué assez longtemps et pas « comme avant » avec cette profusion inédite de sons dissonants et saturés. Quoi qu’il en soit, ils exigeaient un rappel.
Je me sentais mal à l’aise dans ce climat agressif autour de nous. Quand on songe à l’effort physique et à l’intensité psychique que représentaient les longs solos de Coltrane, je trouvais cette animositédu public pour le moins discutable. Et bien sûr, plus les spectateurs protestaient et plus nous n’avions aucune chance de voir Coltrane réapparaître.
Nous sommes sortis de la salle, heureux malgré tout, éprouvés comme après un ouragan, et déconcertés par les réactions du public qui reprochait à Coltrane sa désinvolture.C’était se méprendre, car tous les témoignages évoquent un homme courtois et respectueux des autres. Rudy Van Gelder, qui a eu la responsabilité d’enregistrer la plupart de ses albums, a dit à quel point il était facile et agréable de collaborer avec John Coltrane.
Je suis resté longtemps persuadé de ne pas avoir tout compris de ce qui s’était passé ce soir-là. Au-delà de ce concert tumultueux, j’ai cherché quelques éléments de réponse.
Cet été 1965, John Coltrane a joué à Antibes, à Paris et le 1er août au festival de Comblain-la-Tour en Belgique. Il a suscité bien des critiques et des interrogations.Pourquoi n’a-t-il pas joué plus longtemps à chaque fois ? Pourquoi tant de violence exacerbée dans ses longs solos ? Ne mettait-il pas en danger sa propre musique ?
John Coltrane ne cherchait pas à faire passer un message de protestation à travers sa musique (à l’exception du thème bouleversant « Alabama » se référant explicitement à l’attentat à la bombe du Ku Klux Klan à Birmingham en 1963 qui tua quatre jeunes fillettes noires). Mais sa musique était souvent chargée d’une violence sombre, tragique, qui n’est évidemment pas sans rapport avec le contexte politique et social des années soixante aux Etats-Unis.
A cet égard, il est intéressant de signaler qu’une dizaine de jours après la tournée européenne de son quartette, des émeutes éclatèrent dans le quartier noir de Watts à Los Angeles à la suite d’une arrestation à caractère raciste. Elles durèrent six jours et firent 34 morts et plus de 1000 blessés.D’autre part la guerre du Vietnam continuait à faire rage. John Coltrane n’a pas caché son hostilité à cette guerre (comme à toute guerre) dans l’interview passionnante qu’il a donnée à Frank Kofsky en 1966. Coltrane, cet homme paisible, ouvert sur toutes les musiques du monde et pénétré d’une religiosité intime à caractère humaniste, universel, ne pouvait pas éviter pour autant d’éprouver des sentiments deprofonde colère contre l’abomination du racisme et la barbarie des entreprises guerrières du pays où ii était né.
Il n’échappait pas davantage à l’attraction des musiciens afro-américains du « free jazz », qui voulaient rompre avec tous les codes harmoniques et rythmiques, et pour certains comme Archie Shepp, contester cet ordre injuste toujours en place.
En 1965, John Coltrane avait peut-être déjàen tête un autre projet artistique. Il voulait toujours aller plus loin dans ses recherches. Il voulait se donner les moyens de dépasser ses propres limites. Concrètement, il aspirait à avoir une autre configuration orchestrale pour le soutenir qui comporterait deux batteurs et un saxophoniste puissant à ses côtés (ce sera Pharoah Sanders). Cela s’est traduit quelques mois plus tard par la dissolution de son quartette et la création d’une autre formation où ne figureraient ni MacCoy Tyner ni Elvin Jones. Ils ne partageaient pas cette nouvelle orientation de Coltrane avec qui, depuis 1960, ils avaient accompli tant d’œuvres impérissables et tant de concerts mémorables.
Nous avions donc assisté sans le savoir à un moment tendu de la dernière phase d’un quartette unique dans l’histoire du jazz. La cohésion entre ces quatre hommes à la personnalité bien tranchée était extraordinaire ; elle était fondée sur une écoute mutuelle hors pair, et paradoxalement, sur la liberté laissée pleinement à chacun des quatre membres de s’exprimer selon sa sensibilité et ses idées propres.
Personne ne pouvait imaginer que John Coltrane, qui avait trente-neuf ans en 1965 et déployait sur scène une énergie surhumaine, n’avait plus que deux ans à vivre.
José Chatroussat Rouen, le 5 décembre 2020
aquarelle de Ton van Meesche

Rencontre inoubliable !
Autour des années 1990, habitant alors au Havre, j’eus l’occasion d’assister à un concert du trio Henri Texier, Glenn Ferris et Aldo Romano à la MJC qui proposait assez régulièrement des concerts de jazz dans l’espace cafétéria au rez-de-chaussée du lieu. Ce n’était pas bien grand, il y avait un bar tout en longueur avec une rambarde qui dominait une petite salle en contrebas qui avait plutôt la taille d’un club avec si possible un pilier au milieu. Mais ces soir-là, les amateurs jeunes ou moins jeunes accouraient à ces concerts de jazz encore rares dans la ville. Cette MJC était installée au bas d’une des deux tours d’Auguste Perret architecte qui reconstruisit la ville après qu’elle ait été bombardée par… les anglais en 1944. Entre les deux tours, on aperçoit la mer juste derrière. Un côté de la MJC offrait d’ailleurs cette vue sur mer.
https://youtu.be/IWzX_YdSgSM
Buy on iTunes: https://itunes.apple.com/album/id675295993 Taken from Henri Texier « An Indian's Week » Extrait de Henri Texier « An Indian's Week » Productio...
youtu.be
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Miriam Makeba au Nîmes International Jazz Festival
Thousands of flowers for Henry Grimes !!!🎍🌻🌺💐🌷🌹🌸🌼🥀
Pendant notre concert, je l’aperçois, assis dans les premiers rangs. Au sortir de scène, il m’attrape affectueusement, je suis tout à la fois gêné, bouleversé et terriblement touché. Heureux enfin, d’avoir pu croiser sa route dans cet échange furtif et essentiel.
Bernard Santacruz Le Beaucet 21 avril 2020
https://www.youtube.com/watch?v=izjiWafut-8
The Clemente 107 Suffolk Street New York
Ma rencontre avec John Tchicai (1936-2012) au Festival de Cluny en 1980 .
Voir ce FILM :http://www.filmsdocumentaires.com/films/755-serie-dancer-studio Voir l'INTEGRALE : http://www.filmsdocumentaires.com/films?search=dancer%27s+studio Une collection de 8 documentaires où des chorégraphes contemporains partagent leur passion pour la danse lors d'entretiens avec Patrick Bensard, directeur de la Cinémathèque de la ...
vimeo.com
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Il y avait une scène, au centre de la piste, avec un chapiteau de toile bleue qui affichait : "GITANES".
Une fois, il faisait très doux. Pas de vent. Le ciel était d'encre, avec plein d'étoiles.
Vers le milieu de la soirée, les équipes se sont affairées : on a poussé un grand piano noir à ma gauche et on a couché une contrebasse au centre du podium, tandis qu'on avançait une batterie jaune vif.
J'étais bien, je voyais tout, j'entendais tout ...
Et puis, tous les spectateurs, tous ces gens qui parlaient, mais pas trop, ni trop fort, se sont tus. Un homme de grande taille est monté sur la scène et s'est approché du piano sur lequel il s'est tout de suite un peu appuyé comme pour montrer que tous les deux ne faisaient qu'un. Il avait des cheveux mi-longs et une barbe à la Marc-Aurèle. Il portait de grosses lunettes qui n'ont pas caché un regard timide et plein de bonté lorsque, rapidement, il a salué de la tête le public.
Pendant ce temps, un petit gars blondinet, lui aussi chaussé d'épaisses Ray-Ban, a relevé la contrebasse. Il était suivi de près par un personnage ascétique qui s'est glissé discrètement derrière les fûts et les cymbales. Tout cela s'est déroulé de façon feutrée, recueillie, presque irréelle.
Alors, doucement, calmement, les premiers sons ont jailli du piano : l'homme de grande taille était courbé sur le clavier et semblait lui parler à voix basse. Il lui imprimait des arpèges, des accords profonds, parfois improbables qu'il opposait de temps à autre à des trilles de sa main droite. Le jeune bassiste était visiblement très appliqué et se mêlait parfaitement aux arabesques du pianiste tandis que le batteur, maître de son art, ponctuait avec à propos sur ses coupoles de cymbales ou ses bords de caisse.
Bientôt, les arènes, le public, tous se sont sentis soulevés comme par enchantement. Note après note, les trois magiciens les ont entraînés vers le ciel étoilé de la nuit nîmoise.

"The Bill Evans Trio ... Bill Evans, Piano ... Marc Johnson, Bass ... Philly Joe Jones, Drums ... The Bill Evans Trio !"
Festival de Jazz de Nîmes.Juillet 1978.
C'était il y a longtemps, peut être n'étais je même pas né...
Arrivé à Nîmes par amour, venant des pays du Nord,
Découvrant la lumière, l'éblouissement, la pierre blanche,
la chaleur et le bruit, surtout le bruit.
Mais le bruit chantant, gueulant, s'apostrophant...
C'était un soir d'été, le soleil tardait à se cacher, ses rayons
ne quittaient pas les places et les terrasses, premiers verres,
premiers échanges:
"Tu viens aux arènes ce soir?"
Moi, je n'y connaissais rien, alors j'ai suivi avec Jo,
un peu de monde, sans trop...
On monte au plus haut, on déguste la chaleur, la lumière
finissante, on s'allonge sur ces pierres gorgées de soleil,
On attend. Qui?
Et puis, tout en bas, au milieu des gens, il arrive, comme en
s'excusant, dos au public, voûté sur sa trompette, avec quelques notes
pour simplement dire qu'il est arrivé.
Et il joue, il joue, il joue...
Et moi, novice en jazz, je suis envouté, conquis, transporté dans une
marée de sons inconnus, joyeux, qui se répondent et dialoguent,
m'emportent au delà de Nîmes.
Tout se mélange, chaleur, lumières, amis, musique, pierres...
J'ai mis longtemps à redescendre. Peut être y suis je encore.
Merci Miles.
Jean Pierre Duval Nîmes 26 03 2020
https://www.youtube.com/watch?v=pOePGV9Utrk ou bien
https://www.youtube.com/watch?v=yzPgYo19AsQ
( https://www.youtube.com/watch?v=A7-uET8Fnkk ).
Quel bel été !
Monty Alexander à Amsterdam
AUX TROIS MAILLETZ
Fort tard dans la soirée – je ne me souviens plus du tout de la première partie – sous les étoiles et face au splendide panorama de la rade de Toulon, le maître, impérial, s’avança sur scène, son saxo encore dans l’étui, un verre à la main – qui ne contenait pas d’eau et qui n’était assurément pas le premier – de sa démarche chaloupée et féline quelque peu altérée par la boisson. Avec lui, Mohammed Ali à la batterie, Donald Garret à la basse et un grand batave roux et moustachu au piano, Jasper van't Hof.
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