Critiques d’époque :
Régulièrement, nous reproduisons des critiques d’albums (extraites des revues Jazz-Hot ou Jazz-Magazine) telles quelles ont été écrites à l’époque de leur sortie. C’est l’occasion de rappeler l’existence de quelques disques historiques ou marquants de certaines périodes mais aussi d’albums moins connus et d’artistes qui ont compté, pour certains parfois plus ou moins oubliés ou encore d'artistes dont
nous souhaitons évoquer l'oeuvre.
Sunny Murray "Big Chief"
Jazz Hot N°250 mai 1969
Commentaire de Le Jazz Est Là :
L’auteur de ces lignes a été un
admirateur (et continue d’écouter avec plaisir) le batteur souvent
décrié Sunny Murray. Il a pourtant incontestablement joué un rôle
décisif ( comme Milford Graves, Steve Mac Call et bien d’autres)
dans la révolution du jeu à la batterie à l’époque du free,
suivant la route déjà ouverte par d’autres auparavant comme Max
Roach, Elvin Jones…. On le trouve dans la « révolution
free » aux côtés de Cecil Taylor, Albert Ayler, John Tchicai,
Archie Shepp, Alan Silva, Dave Burrell, Clifford Thornton. Dans le
magnifique album ESP « Sunny Murray » enregistré en
1966, il s’entoure de Byard Lancaster, Jack Graham, Alan Silva et
Jacques Coursil, album dans lequel figurent déjà le thème « Angels
and Devils » (à ne pas confondre – mais il y a bien sûr un
lien- avec « Witches and Devils » en 1964 par Albert
Ayler) et le thème « Hilariously » qui devient
« Hilarious Paris ». Installé à Paris, il rencontre des
musiciens français qui se joignent à cette aventure : le
pianiste François Tusques, le contrebassiste malheureusement trop
tôt disparu Beb Guérin et le trompettiste Bernard Vitet. Dans la
même période, en 1968, la même équipe enregistre un album lors
d’un concert à l’ORTF pour le label Shandar avec le jeune Michel
Portal ! Incontestablement il se passait quelque chose de fort,
d’inoui, déroutant pour certains, à l’écoute de cette musique.
Mais il y avait une période, un contexte qui nous poussait à
réclamer ces audaces. La critique elle-même que nous reproduisons
est quasiment impensable aujourd’hui. Peu importe, c’est le
parfum, tant aimé de cette période que nous souhaitons communiquer.
Patrice Goujon 16 sept. 2015
Tom McClung
Si nous n’avons
pas l’habitude de parler des sorties actuelles de disques, nous
ferons une exception pour trois albums qui sont directement liés à
l’actualité de Le Jazz Est Là.
En avril 2014, nous avons
reçu le trio du pianiste Tom Mc Clung entouré du contrebassiste
Matyas Szandai très actif sur la scène actuelle du jazz, non moins
que le batteur Mourad Benhammou. Un concert mémorable. L’album de
ce trio sorti récemment (label Archieball) vient d’être salué
par la critique.
Présentation sur le site du club
parisien le Sunset où le trio s’est produit en mars 2015 :
« Le
bien nommé « Burning Bright », nouvel album du pianiste Tom
McClung, dévoile dix de ses compositions et une reprise d'un
classique de Mal Waldron, « Fire Waltz ». Le Feu, l'Eau, la Terre
et l'Air, sont l'âme de ces morceaux. Ce nouveau disque en trio
montre Tom McClung dans ses multiples explorations. Ses mélodies et
ses rythmes sont contagieux, ses improvisations hardies. La musique
originale de Tom Mc Clung reflète son admiration pour les
compositeurs et musiciens comme Thelonious Monk, Duke Ellington,
Charles Mingus, et John Coltrane. La section rythmique est composée
du bassiste hongrois Mátyás Szandai
et du batteur franco-algérien Mourad Benhammou. Les trois partagent
le même respect pour l'héritage de la musique noire-américaine. Ce
trio international est l'expression même d'une liberté aux racines
puissantes et profondes ».
Ichiro Onoe
Le magnifique
concert du quartet de Katy Roberts que nous avons reçu en juin
dernier (2015) a été l’occasion d’écouter le jeu subtil du
batteur Ichiro Onoe. Connu pour ses nombreuses collaborations,
sideman très demandé, il sort en le premier album sous son nom
recevant d’emblée de nombreux éloges.
Commentaires sur le site France-Musique
« Open Jazz »
Le batteur Ichiro
Onoe a
décidé de dévoiler au travers de son premier CD “Wind
Child” ses
compositions personnelles qui ont été écrites tout au long de son
itinéraire musical. Il s’est nourri de styles différents et
d’influences harmoniques nombreuses des musiciens prestigieux tels
que John Coltrane, Charles Mingus, Wheather Report, Bob Mintzer qu’il
affectionne particulièrement.
Il a choisi de s’entourer des trois
musiciens talentueux qui
forment son quartet: Geoffroy Secco (saxophone
ténor), Ludovic Allainmat (piano), Matyas
Szandai (contrebasse).
Ichiro Onoe vit à Paris depuis 17 ans et s'est déjà produit aux
côtés de Bobby Few, Peter King, Ricky Ford, Frank Lacy, Chris
Cheek, Bruno Angelini, Philippe le Baraillec, Ronnie Lynn Patterson,
Olivier Ker Ourio, Andy Narell, Manolo Badrena…
Ichiro Onoe aime également accompagner les
chanteurs et chanteuses tels que Mina Agossi, Joe Lee Wilson
et dernièrement Jane Birkin sur sa tournée de 2011 à 2013.
Sa grande
sensibilité musicale et son jeu fin et mélodique sont
particulièrement appréciés par ces artistes, l’essentiel pour
lui consistant à apporter une authentique
couleur rythmique à
des projets musicaux d’univers différents.
Au Japon il a longtemps accompagné la
chanteuse Yasuko Agawa, avec laquelle il enchaîna tournées et
télévisions. Il s'y produit également aux côtés de
personnalités comme Ron Carter, Nick Decaro, Norman Simmons et
Makoto Ozone. Et c’est après une longue carrière de sideman
dont il dit le plus grand bien, tant il a aimé ajouter sa pâte
au jeu de ses compagnons, qu’il a ressenti l’envie de réaliser
son propre projet discographique, "Wind Child" dont
les morceaux sont à son image, singuliers et éclectiques,
véhiculant les émotions et les couleurs de sa vie. Ce titre est
d’ailleurs le premier morceau qu’il a composé au Japon et
reflète les émotions
de son enfance…
sorti en"... 2014 (Label Promise Land)
sorti en"... 2014 (Label Promise Land)
Le Jazz Est Là reçoit à
nouveau le duo René Bottlang/Andy Mc Kee les 10 et 11 juillet 2015
profitant du passage exceptionnel en France du contrebassiste. Ils
viennent d’enregistrer l’album « Autum in New-York »,
séance new-yorkaise en compagnie de grandes figures de la scène
internationale : Billy Hart batterie et Oliver Lake saxophone
auxquels se joint sur quelques titres le guitariste Vic Juris. (Label
ajmiseries).
( photo pochette 3 Bottlang..)
Chronique
CD Jazz-Hot .net par Serge Baudot
Ah ! le son
de ces gars-là ! Ce sont des amoureux du beau son, de grands
improvisateurs se jouant des plus grandes complexités harmoniques,
s’en jouant et les jouant comme si c’étaient des chansons. Des
musiciens traversant le free avec quelque chose à jouer, peu
intéressés par les prouesses techniques, et pourtant leur technique
est grande, justement ; elle reste au service de l’expression.
Dans
ce disque on a affaire avec des duos, des trios, des quartettes, des
quintettes. C’est donc un groupe à géométrie variable, mais le
disque est construit comme une œuvre totale, chaque morceau en
étant, en somme, un mouvement, pour comparer avec la musique
classique.
On entre dans l’œuvre par « Loulou Opus 1 », une improvisation collective des cinq musiciens, et d’emblée on est pris, improvisation si pleine et si expressive qu’on pourrait la croire écrite. On retrouve le côté minimaliste de Bottlang avec sa force expressive, le gros son, la puissance de Lake, si bien que son alto sonne comme un ténor, la pureté et l’inspiration de McBee à la contrebasse, les envolées fluides de la guitare de Juris, et le soutien au cordeau de la batterie de Billy Hart qui donne toute sa respiration au groupe. C’est parti ! Il n’y a plus qu’à se laisser emmener.
« Allergie » est un trio avec une pulsation endiablée ; Bottlang a mis un tigre dans son piano, une main gauche époustouflante derrière une droite rebondissante. « Mélodie Quantique » est un splendide duo en contrepoint piano-contrebasse. « Exibit A » en quartette dans un fonctionnement free avec la basse qui assure la pulse, et le guitariste qui part dans des envolées fulgurantes. « Softly » autre duo basse-piano à fendre l’âme, l’entente basse-piano est exemplaire. « Infusion », duo piano sax : des choses à exprimer dans la beauté des sons. « Time Like This », allusion au « Tie Like This » d’Armstrong ? un quartet avec section rythmique et sax, les allées dans le grave du piano vous donne le frisson. « Transfusion » est un duel piano-guitare, et c’est la musique qui gagne. « If not Now » est peut-être le plus beau morceau du disque. C’est un duo basse-piano C’est une sorte de barcarolle, la beauté sublimée dans un chant à deux voix. « Crazy Eights » en quartet, section rythmique et sax, morceau ancré sur un ostinato rythmique et typique du blues : un lyrisme fabuleux, à fondre de plaisir. Dans « Loulou Opus 2 » improvisation du groupe au complet, avec les mêmes qualités que « l’Opus 1 ». Sur « Crossover » la guitare et le piano sont en dialogue convergeant, avec un batteur aux anges qui fait de la musique avec ses tambours et cymbales à l’unisson de ses collègues, et un sacré contrechant de la contrebasse. Le disque se termine par un nouveau duo piano-contrebasse, « Skyline Blues », un blues pris sur un rythme tango ; une expression harmonique confondante de beauté. Et les échappées chères à Bottlang. Vive le tango-blues !
La multiplicité des formations donne à priori de la variété, ce qui en soit serait mineur, mais l’unité de l’œuvre est parfaite. Un souffle afro-américain, même si tous les musiciens ne sont pas issus de cette communauté. Plus qu’un « Automne à New York » c’est un printemps du jazz.
On entre dans l’œuvre par « Loulou Opus 1 », une improvisation collective des cinq musiciens, et d’emblée on est pris, improvisation si pleine et si expressive qu’on pourrait la croire écrite. On retrouve le côté minimaliste de Bottlang avec sa force expressive, le gros son, la puissance de Lake, si bien que son alto sonne comme un ténor, la pureté et l’inspiration de McBee à la contrebasse, les envolées fluides de la guitare de Juris, et le soutien au cordeau de la batterie de Billy Hart qui donne toute sa respiration au groupe. C’est parti ! Il n’y a plus qu’à se laisser emmener.
« Allergie » est un trio avec une pulsation endiablée ; Bottlang a mis un tigre dans son piano, une main gauche époustouflante derrière une droite rebondissante. « Mélodie Quantique » est un splendide duo en contrepoint piano-contrebasse. « Exibit A » en quartette dans un fonctionnement free avec la basse qui assure la pulse, et le guitariste qui part dans des envolées fulgurantes. « Softly » autre duo basse-piano à fendre l’âme, l’entente basse-piano est exemplaire. « Infusion », duo piano sax : des choses à exprimer dans la beauté des sons. « Time Like This », allusion au « Tie Like This » d’Armstrong ? un quartet avec section rythmique et sax, les allées dans le grave du piano vous donne le frisson. « Transfusion » est un duel piano-guitare, et c’est la musique qui gagne. « If not Now » est peut-être le plus beau morceau du disque. C’est un duo basse-piano C’est une sorte de barcarolle, la beauté sublimée dans un chant à deux voix. « Crazy Eights » en quartet, section rythmique et sax, morceau ancré sur un ostinato rythmique et typique du blues : un lyrisme fabuleux, à fondre de plaisir. Dans « Loulou Opus 2 » improvisation du groupe au complet, avec les mêmes qualités que « l’Opus 1 ». Sur « Crossover » la guitare et le piano sont en dialogue convergeant, avec un batteur aux anges qui fait de la musique avec ses tambours et cymbales à l’unisson de ses collègues, et un sacré contrechant de la contrebasse. Le disque se termine par un nouveau duo piano-contrebasse, « Skyline Blues », un blues pris sur un rythme tango ; une expression harmonique confondante de beauté. Et les échappées chères à Bottlang. Vive le tango-blues !
La multiplicité des formations donne à priori de la variété, ce qui en soit serait mineur, mais l’unité de l’œuvre est parfaite. Un souffle afro-américain, même si tous les musiciens ne sont pas issus de cette communauté. Plus qu’un « Automne à New York » c’est un printemps du jazz.
DON CHERRY
COMMENTAIRE DE LE JAZZ EST LA :
Le duo Aymeric
Avice (trompette, bugle) et Avreeayl Ra (batterie) qui s’est
produit dans plusieurs villes de France et à Nîmes (vendredi 10
avril 2015) a sans doute ravivé chez les connaisseurs et les plus
anciens le souvenir du célèbre duo Don Cherry /Ed Blackwell. Sans
se livrer bien sûr aux comparaisons, cette formule plutôt rare et
difficile a provoqué à Nîmes (et sans doute ailleurs) une émotion
forte. Ce genre de duo est rare dans l’histoire du jazz : on
peut citer un duo Lester Bowie (de l’Art Ensemble de Chicago) avec
Philipp Wilson, un duo Léo Smith /Jack de Johnette et peu d’autres
choses. Le duo Don Cherry/Blackwell gravé en 1969 ne fut pas une
expérience éphémère. Les deux acteurs de ce duo, bien connus par
les amateurs pour leur longue collaboration avec Ornette Coleman, se
produisirent ensemble durant plusieurs années ce qui permit à
l’auteur de ces lignes de les écouter en direct en 1978 grâce à
Rouen Jazz Action. La musique en direct livrait bien sûr une grande
intensité, réjouissons-nous de l’album aujourd’hui (quand on
le trouve) qui nous offre une musique forte sans effets ni
démonstration bien que techniquement complexe. Et c’est bien là
la force de la réunion de deux grands, l’un baguettes en main,
l’autre avec le souffle, nous invitant à partager leurs émotions.
Patrice
Goujon 11 avril 2015
Short Tales
COMMENTAIRE DE LE JAZZ EST LA :
Suite à l’article « de Frank Lowe à Bernard Santacruz » (notre rubrique article), voici la critique de l’album « Shorts Tales » parue dans Jazz Magazine N°406 juil/août 2000. Aboutissement d’une collaboration annoncée, l’album, outre les compositions remarquables des deux interprètes, nous offre aussi quelques arrangements de compositions d’autres musiciens qui contribuèrent à la construction de ce courant musical et dont nous partageons l’admiration : « Jabulani » de Dollar Brand, « Mopti » de Don Cherry, le magnifique thème (presque son hymne) que jouait régulièrement à toute force tout l’orchestre de Sun Ra « Watusi Egyptian March » et enfin « Bass Space » de Denis Charles avec une intro à la contrebasse bourrée d’émotion. Une musique exceptionnelle qui avançait dans l’ombre des courants dominants, trop souvent méconnue, trop souvent oubliée.
Patrice Goujon le 17 janvier 2015
Escalator over The Hill
COMMENTAIRE DE LE JAZZ EST LA :
Plusieurs de nos amis
musiciens (Bernard Santacruz, Jean Aussanaire, Perrine Mansuy, Bruno
Tocanne…) ont tout récemment mis sur pied un programme « Over
The Hills » inspiré par le célèbre album « Escalator
over the Hill » (1971) que Carla Bley et Paul Haines
réalisèrent après un travail de près de 3 ans réunissant nombre
de musiciens parmi les plus avant-gardistes de l’époque. Du coup,
l’envie était forte de ressortir la critique de l’époque de cet
album et cela pour plusieurs raisons. D’abord le fait que des
musiciens d’aujourd’hui se réfèrent à cette œuvre qui compta
beaucoup pour les amateurs qui ont connu cette période est
réjouissant. Contrairement à ce qu’affirme Jean Robert Masson,
inconditionnels de Shepp, Taylor ou autres, nous étions intéressés
par cette création, de la même façon que nous avons suivi par la
suite les grandes formations modernes de l’époque : Willem
Breuker Kollectief, Globe Unity Orchestra, Brotherhood of Breath de
Mc Gregor et le trop oublié Mike Westbrook Orchestra qui enregistra
le fameux « The Cortège » triple album avec un orchestre
de 16 musiciens ponctuant cette longue suite musicale avec des textes
de Frederico Garcia Lorca, William Blake, Arthur Rimbaud... La
présence dans « Escalator over the Hill » de nombre de
musiciens que nous admirions était forcément intrigante.
Disons donc tout de suite que
nous ne partageons pas tout ce qui fut écrit dans cette critique.
Néanmoins certaines remarques sont justifiées et d’une certaine
façon confirmées par les propos de Carla Bley elle-même dans une
interview fort intéressante aux « InRocks » en 1998 à
la suite de concerts donnés pour la première fois sur scène avec
ce programme. Carla Bley y explique en toute modestie et sincérité :
« Je préfère cette œuvre sur scène qu’en studio. Il faut
dire et répéter que la conception et l’enregistrement se sont
étalés sur cinq ans et que par conséquent la pièce souffrait
d’une sorte de morcellement » Elle précise : « Si
Escalator possède une dimension politique et historique, c’est
pour les autres. Pour moi, c’est avant tout une pièce de musique.
Quand je me suis retrouvée à New-York au tournant des années 60 et
70, je n’avais aucune conscience de vivre une époque décisive. Je
n’entrevoyais même pas la portée politique, révolutionnaire de
ce que nous faisions. J’essayais simplement d’écrire de la
musique aussi bien et aussi sincèrement que je le pouvais. J’étais
d’ailleurs une des rares à ne pas saisir cet aspect des choses, et
Paul Haines, lui, savait très bien la portée de son engagement et
la valeur de son combat aussi artistique que politique. Moi, c’est
une dimension qui m’a toujours échappé ».
En 1964 Bill Dixon fonde
la Jazz Composer’s Guild (sorte de coopérative musicale) après
une série de concerts sous le nom d’October Revolution in Jazz.
Avec Carla Bley et Mike Mantler un 1er enregistrement a
lieu sous le nom de Jazz Composer’s Orchestra en 1965, puis Jazz
Composer’s Orchestra Association en 1966. Le contexte amène les
musiciens à s’organiser en sorte de collectif, les rencontres
permettant du même coup de construire un véritable laboratoire de
création. On y trouve (dans les albums bien rares aujourd’hui du
JCOA) : Cecil Taylor, Don Cherry, Pharoah Sanders…. Ce n’était
pas pour faire une belle affiche, mais le reflet d’une mouvance
forte qui existait et qui regroupait tous les acteurs de la nouvelle
scène du jazz. « Escalator Over The Hill » est le 3ème
enregistrement du JCOA composé et dirigé par Carla Bley associant
plus de 30 musiciens. Elle expérimente des voies nouvelles, s’ouvre
aux différentes influences et bouscule peut-être du coup les voies
qu’on pensait toutes tracées.
La critique de 1972 mérite
aussi de mettre en valeur l’intérêt que pouvait susciter la
sortie d’un tel disque dans la presse spécialisée. Critique sur
plus d’une page et ce n’était pas rare. Sans compter qu’il n’y
est pas seulement question de musique : l’analyse se veut
sociologique, politique… les références à d’autres acteurs et
courants de la période sont nombreuses. Deux critiques et pas des
moindres : Alain Gerber et Jean-Robert Masson s’attèlent à
la tâche. Qu’on le veuille ou non : l’album est un
évènement dès sa sortir et avec les années il devient un album
historique. Tous les musiciens qui y participent (soulignons que la
plupart avaient moins de 30 ans) ont mené ensuite chacun à leur
façon leur carrière, à commencer par Carla Bley elle-même,
probablement fortement marqués par cette expérience inédite qui
forgea une forte complicité entre des musiciens qui en tout cas
brandissaient le drapeau de l’esprit collectif.
Patrice Goujon le 2 nov. 2014
Jazz-Magazine N° 204 oct. 1972
Au risque de paraître un peu longs, nous invitons quand même les plus courageux ou curieux à continuer avec la critique de Jazz-Hot de la même époque qui consacrait un magnifique numéro à Carla Bley et au JCOA. Lira qui veut. Mais la comparaison des deux critiques permet d'observer comment à l'époque était considérée la sortie de tels albums qui échappaient aux rouages des circuits commerciaux, mais comment aussi avec la même passion on pouvait dire des choses très différentes.
Don Cherry
COMMENTAIRE DE LE JAZZ EST LA :
Comme nous l’avions signalé
dans notre article sur Charlie Haden et Don Cherry, voici les
critiques de l’époque de deux albums remarquables de Don Cherry,
même si Edouard-Charles Laurent, l’auteur de la 1ère
critique, semblait « désorienté ». On ne peut bien sûr
se contenter d’une seule écoute, ni d’une écoute rapide de cet
album qui se présente plutôt comme une longue suite. Nous préférons
donc le texte original de présentation par A.B. Spellman au dos de
l’album Blue Note qui souligne mieux l’importance de cette
« Symphony for Improvisers ». L’auteur de ces lignes en
a fait des écoutes répétées, avant d’en démêler toute la
complexité et la construction, dégustant aujourd’hui encore les
interventions (qui ne se limitent pas à celles de Sanders) de tous
les intervenants, musiciens de renom. Barbieri y est toujours aussi
lyrique et déchirant, Blackwell y développe son jeu exceptionnel,
Grimes et Jenny Clark soutiennent l’ensemble de façon permanente
et celui qu’on retrouvera avec plaisir dans l’autre album :
Karl Berger, complète la tonalité d’ensemble par le son vif du
vibraphone. Il n’y a pas de « versatilité », Don
Cherry avance, construit, invente avec les autres des voies nouvelles
mettant plus que jamais en relief le son unique qu’il avait au
cornet. Peut-être ce qui l’amène peu de temps après à produire
« Eternal Rhytm » pour lequel l’enthousiasme de
Jacques Renaud nous convient davantage. Là encore le nom de tous les
acteurs est éloquent. A noter en particulier la présence de
Joachim Kühn, de Jacques Thollot, d’Aril Andersen et du trop peu
connu Eje Thelin (qui se produisit aussi avec le saxophoniste Jo
Maka). Jacques Renaud termine « un disque essentiel »,
rajoutons : deux disques essentiels !
Patrice Goujon le 17 août 2014
Jazz Hot avril 1968 (auteur : E-C. L.)
Jazz Hot juil/août 1969 (auteur Jacques Renaud)
Yusef Lateef
COMMENTAIRE DE LE JAZZ EST LA :
A l’occasion
de la venue de Tom Mc Clung à l’Ever’in, nous avons évoqué sa
collaboration aux Etats-Unis avec Yusef Lateef avec qui il enregistre
« Earth and Sky » en 1997, « Full Circle » en
1996…. Comme le souligne déjà la critique de 1974 de Maurice
Cullaz, ce musicien fut très sous-estimé particulièrement en
France. Décédé récemment en décembre 2013, alors qu’il s’était
encore produit quelque temps auparavant, ce musicien reste assez
inconnu de nombre d’amateurs.
C’est pourquoi nous diffusons, avec
le grand plaisir d’évoquer sa mémoire, la critique que firent du
même album à un mois d’intervalle les 2 revues de l’époque :
Jazz- Magazine et Jazz-Hot. Jacques Réda déplore en 1974 la
réédition en double album vinyl, une sorte de compilation donc,
c’était sans compter avec ce qui nous attendait plus tard avec les
CD. Avec le recul, cette réédition est sans doute un album qu’on
aimerait, malgré tout, volontiers trouver dans les bacs des
disquaires aujourd’hui, les autres albums étant encore plus rares.
Yusef Lateef fut multi-instrumentiste (jouant par exemple de cet
instrument égyptien : l’argol ou arghoul) sans doute l’un
des précurseurs de l’introduction de la musique orientale dans le
jazz. Ceux qui l’entouraient menèrent une carrière de renom
comme ici Ron Carter, Clark Terry, Joe Zawinul….
A signaler au
milieu d’une vaste discographie : « The Centaur and the
Phoenix » 1960 ou le célèbre « The Dreamer »
1969, sans oublier dans « Eastern Sounds » 1961 « Love
theme from « Spartacus » tiré du film de Stanley Kubrick
« Spartacus » interprété par Kirk Douglas, film inspiré
du magnifique roman du même nom d’Howard Fast. Signalons que ce
thème fut également interprété par Ahmad Jamal.
Patrice Goujon le 21 avril 2014
Jazz-Magazine janv. 1974 N°218
Jazz-Hot février 1974 N°302
Max Roach
Lors de notre récent concert avec
« The Turbine », les connaisseurs auront reconnu en début
de 2ème partie l’hommage rendu au maître de la
batterie, Max Roach, à travers une longue citation d’une partie de
son solo du célèbre album « Drums Unlimited » dont nous
livrons ici la critique publiée en février 1969 dans Jazz-Hot
(N°247). Si l’auteur de la critique émet quelques réserves sur
la partie orchestrale, un autre critique dix ans plus tard (Michel
Boujut) dans le N°276 de juin 1979 de Jazz-Magazine, semble avec le
temps avoir pu mesurer à sa juste valeur, lors de sa réédition,
cet album qu’on peut considérer comme historique. On connaît à
présent également le renom de tous les musiciens signalés dans
cet enregistrement.
COMMENTAIRE DE LE JAZZ EST LA :
Difficile d’évoquer toute la
carrière de ce musicien symbolisant toute l’histoire de la
batterie dans le jazz moderne et artisan de l’histoire du be-bop.
Cette modernité, elle est déjà dans le célèbre quintet formé
avec Clifford Brown en 1955, collaboration écourtée malheureusement
par un accident qui coûta la vie en 1956 au trompettiste. Modernité
et engagement en 1960 « We Insist » avec la « Freedom
Now Suite » avec sa compagne de l’époque, la chanteuse Abbey
Lincoln, radicalement engagés tous deux dans le « Civil Rights
Movement ». En 1961, c’est « Newport Rebels »
avec Mingus, Dolphy, Jo Jones, Eldridge qui bousculent les codes
établis. « Money Jungle » en 1962 réunit trois géants
au parcours différent pour un album historique : Charlie
Mingus, Duke Ellington et Max Roach. Roach continue sa voie, à sa
façon, s’entourant souvent de jeunes musiciens dont il révèle le
talent. Les courants et modes s’enchaînent, mais Max Roach reste
novateur, avant-gardiste. Il peut se produire en solo sur scène
attirant un large public époustouflé. Plus tardivement, la vague
« free » ne lui pose aucun problème : il enregistre
et se produit en duo avec Archie Shepp (« Full Force »1976
ou « Long March » 1979), avec Anthony Braxton « Birth
and Rebirth » en 1979 ou encore avec Cecil Taylor en 1979. Son
parcours exceptionnel marqué par des collaborations avec tous les
grands du jazz, est reconnu par tous et sa fidélité aux idées
aussi. Nous invitons donc le public d’aujourd’hui à aller
s’intéresser de près à toute son œuvre.
Patrice Goujon pour Le Jazz Est Là 01
mars 2014
Art Ensemble of Chicago "People in Sorrow"
critique people in sorrow Jazz-Hot N°260 avril 1970
COMMENTAIRE DE LE JAZZ EST LA :
La venue de Hamid Drake et
Harrisson Bankhead, musiciens de Chicago, pour notre concert du 21
février « The Turbine » nous amène bien évidemment à
évoquer tout ce mouvement musical qui s’est développé autour de
l’AACM (Association for the Advancement of the Creative Musicians)
créée en 1965, entre autres, par le pianiste Muhal Richard Abrams.
Sorte de coopérative musicale regroupant de jeunes musiciens qui
devaient s’organiser face au système oppressant et répressif (à
l’époque de la lutte pour les droits civiques, des révoltes des
ghettos noirs, du mouvement de Malcom X et d’Angela Davis) afin de
développer leur musique en dehors des grosses structures officielles
imposant leurs critères. Musique de liberté donc, free jazz !
De nombreux musiciens se
retrouvèrent dans cette structure : Anthony Braxton, Jack de
Johnette, Henry Threadgill, et bien d’autres. Une formation
émergera particulièrement de cette mouvance : l’Art Ensemble
of Chicago avec le trompettiste Lester Bowie, les saxophonistes
Roscoe Mitchell, Joseph Jarman et le contrebassiste Malachi Favors.
Tout récemment arrivé en Europe en 1969, le groupe enregistre
l’album « People in Sorrow » à Boulognes Billancourt
le 7 juillet 1969 chez Pathé Marconi. Chaque concert est un
évènement : multi-instrumentistes, nombreux instruments de
percussion, visages grimés, humour et gravité, modernité extrême
et évocation souvent humoristique mais respectueuse de la tradition,
les concerts sont bouleversants sans parler du talent particulier de
chaque musicien. En 1970, le batteur et percussionniste Famoudou Don
Moye se joint au groupe. Sa frappe, très influencée par les rythmes
africains, donne au groupe une tonalité toute particulière. Bien
d’autres albums seront enregistrés par cet ensemble qui a parcouru
le monde avec…. une séance dans les Arènes de Nîmes en 1980.
La venue de ce groupe en France à
cette période est si forte qu’une rencontre se produit au Théâtre
du Vieux Colombier avec la jeune chanteuse….. Brigitte Fontaine qui
enregistre alors l’album « Comme à la radio » avec
autour quelques personnes dont on ne peut évoquer le nom sans
quelque émotion : JF Jenny Clark, Areski…
Aujourd’hui, Lester Bowie,
Malachie Favors ont malheureusement disparu. Don Moye (invité par Le
Jazz Est Là en 2012) continue de se produire comme par exemple dans
le récent « Attica Blues » d’Archie Shepp. Le
mouvement de Chicago continue d’exister avec bien d’autres
musiciens, tous animés par l’esprit de ce qui fut appelé la
« Great Black Music » comme par exemple le trompettiste
que nous avons récemment reçu : Rasul Siddik qui fut membre du
« Black Artist Group ». Hamid Drake et Harrisson Bankhead
que nous recevrons prochainement sont de cette même « famille »
musicale.
Patrice Goujon 7 février 2014
critique comme à la radio Jazz-Hot N°264 sept.1970
Bobby Few
COMMENTAIRE DE LE JAZZ EST LA :
Si nous avons invité à
plusieurs reprises le pianiste Bobby Few, c’est bien parce qu’il
a toute l’histoire du jazz dans les doigts et un style qui lui est
propre déjà mis en évidence dans l’album qui fut chroniqué par
Serge Loupien dans le N° 264 de Jazz Magazine (Mai 1978). La
chronique est assez brève, mais comme le signale l’article le
pianiste venait d’être interviewé en février 78 dans le même
magazine sous le titre : « Premier solo ». Des
solos, il y en aura d’autres, tout aussi remarquables
(« Mysteries » en 1992, « Lights and Shadows en
2004…) au milieu d’une discographie impressionnante qui débute
avec un enregistrement aux côtés de Booker Ervin en 1968 et Albert
Ayler en 1969. En plus de ses propres albums, Bobby Few enregistre
avec les compagnons de route, fidèles amis, certains
malheureusement disparus aujourd’hui : Frank Wright, Noah
Howard, Archie Shepp, Joe Lee Wilson, Sunny Murray, Steve Lacy, Sonny
Simmons, Jo Maka et Rasul Siddik avec lequel il se produira lors de
notre prochain concert. Sans parler de tous les musiciens qu’il a
côtoyés lors de ces enregistrements : batteurs,
contrebassistes… de renom. C’est de tout cela dont s’est nourri
le jeu du pianiste qui dans l’album de 1977 en livrait déjà les
tendances fondamentales et savoureuses !
Patrice Goujon 18/01/2014
CHRIS MC GREGOR :
« Brotherhood of Breath »
COMMENTAIRE DE LE JAZZ EST LA :
Comme nous l’avons promis dans
l’article « Jazz et Apartheid », voici une critique de
Janv. 1974 de Jazz-Hot N°290 qui avait consacré une
page à cet album de Chris Mc Gregor alors installé à Londres et
peu connu dans le reste de l’Europe. Cette musique peut s’écouter
sur Internet, nous vous conseillons vivement d’y jeter une oreille,
à moins de réussir à vous procurer cet album rare ou quelques
autres tout aussi merveilleux dans lesquels on retrouve plusieurs des
musiciens cités dans l’article, fidèles compagnons de route qui
finiront par tourner avec succès en Europe et ailleurs. Mc Gregor
s’installera d’ailleurs dans le sud de la France dans les années
70, décédant malheureusement en 1990 à l’âge de 54 ans. La
lecture de cet article est l’occasion d’évoquer la mémoire de
musiciens qui tinrent tous une place importante dans le jazz très
bouillonnant de cette période et qui n’eurent pas toujours la
reconnaissance pourtant bien méritée.
Tony Williams
COMMENTAIRE de LE JAZZ EST LA :
A l’occasion de l’hommage
rendu par le quintet de Joël Allouche à Tony Williams (pour notre
concert du 6 déc. 2013), nous avons sélectionné la critique d’un
album certainement moins connu que bon nombre d’albums de sa
discographie ( Second quintet Miles/V.S.O.P./Lifetime…..). L’album
enregistré en septembre 1989 est chroniqué dans la rubrique « Five
Spots » de Jazz-Hot qui, en plus, des critiques habituelles,
soumettait 5 disques reflets de l’actualité à la critique de
trois journalistes. Cet album fait partie des derniers de sa carrière
malheureusement écourtée par son décès brutal en 1997. Tony
Williams avait encore bien des choses à dire et il s’entourait
alors de musiciens dont le talent s’imposera par la suite. Notons,
entre autres, la présence de Wallace Roney, Mulgrew Miller (disparu
en mai de cette année 2013) et d’Ira Coleman. L’unanimité des
trois critiques confirme bien l’ampleur du talent de ce batteur qui
a dû marquer profondément nombre de jeunes musiciens comme ce fut
le cas pour Joël Allouche.
Jazz-Hot N°474 mai 1990
Michel Petrucciani
COMMENTAIRE DE : LE JAZZ EST LA
La venue du très jeune
Tristan Mélia pour notre concert du 15 nov. 2013 nous fait penser à
nombre de musiciens devenus célèbres qui ont dû eux aussi bien sûr
passer par l’étape du démarrage, de l’acceptation, de
l’émergence sur la scène jazz déjà occupée par d’autres
talents de leur époque ou de l’histoire. Lorsque Michel
Petrucciani enregistre ce qui est quasiment son premier album, il a
19 ans. Inconnu du grand public, loin de la scène parisienne, il est
néanmoins repéré par quelques critiques et surtout entouré de
musiciens (qui eux aussi acquerront une grande notoriété) qui
n’ont pas hésité à collaborer avec ce musicien débutant. Pour
cet album, en 1981, il est entouré du célèbre batteur Aldo Romano
et du très regretté, immense contrebassiste, Jean-François Jenny
Clark L’influence de Bill Evans (entre autres) est présente chez
le jeune Petrucciani de l’époque et le jeune Mélia d’aujourd’hui.
Sans parler du port du chapeau qu’ils affectionnent l’un et
l’autre. Pour ceux qui ont déjà entendu Tristan Mélia lors de
nos concerts, quelques phrases de la critique auront probablement une
résonance particulière. En tout cas, l’immense talent du pianiste
est clairement établi dès 1981. La première critique évoque
l’attente d’un album solo. Nous nous faisons un plaisir de vous
livrer également la critique de cet album solo qui sera
effectivement enregistré un an plus tard. Si certains critiques
avaient un peu fait la fine bouche, ceux de cet article du N°405 de
Jazz-Hot en Nov. 1983 rétablissent les choses, sans doute au regard
du succès grandissant du pianiste lors de ses concerts. On sait
quelle place a occupé, par la suite, Michel Petrucciani sur la scène
internationale, se produisant aux côtés de musiciens prestigieux et
bouleversant le public après chaque prestation.
Charlie Parker
Les disques de Charlie Parker :
une œuvre colossale !
COMMENTAIRE de Le Jazz Est Là :
Le concert du 27 sept. 2013
« Looking for Parker » nous donne envie d’évoquer la
mémoire de celui qui fut l’un des acteurs essentiels de la
révolution bop. Mais Parker est décédé en 1955 et nous ne
disposons pas de critiques de l’époque. Il y a eu bien sûr de
nombreux textes et critiques sur les rééditions. En extraire une
seule au milieu de tout ce qui a été fait paraît bien délicat.
Par contre signalons pour les chercheurs de pièces rares le magazine
Jazz-Hot de mars 1965 (dont nous avons extrait les 2 images
précédentes) qui, à l’occasion du 30ème anniversaire
de la revue, dédiait son N°207 à la mémoire de Charlie Parker. On
y trouve plusieurs pages d’une discographie commentée des
enregistrements publics, par Michel Delorme, rédacteur de l’époque.
Tous les noms qui apparaissent dans les différentes formations
(comme dans les documents que nous présentons ici)
« rafraîchissent » la mémoire sur tous ceux avec qui
Parker collabora et qui furent eux-mêmes acteurs de la révolution
musicale en marche.
L’un des ouvrages qui
retrace parfaitement l’itinéraire du Bird et l’atmosphère
particulière de l’époque est sans doute le « Bird, la vie
de Charlie Parker » de Ross Russell (qui fut intime de Bird)
traduit de l’américain par Mimi Perrin et dont la préface en 1979
écrite par celle qui partagea un moment sa vie avec Parker, Chan
Parker, commence ainsi : « Les livres commerciaux qui
surgissent immanquablement après la mort d’une personnalité ont
eu le temps de paraître depuis le décès de Charlie Parker en 1955.
Ils ne contenaient que des commentaires et des anecdotes sans
intérêt. A présent, voici Bird, la vie de Charlie Parker, une
biographie bien documentée écrite par Ross Russell. On y trouvera
une étude attentive et approfondie des époques et des lieux qui,
par leur conjonction, ont influé sur la vie et l’œuvre de l’homme
qui a bouleversé la musique en Amérique. » Chan Parker
signale quelques erreurs confirmant par là même la justesse et la
vérité du récit.
Sonny Rollins
COMMENTAIRE de LE JAZZ EST LA :
Cet album est la dernière session
d’enregistrement des années 60 avant une pause du saxophoniste de
trois années. Rollins a d’ailleurs quitté la scène à plusieurs
reprises au cours de sa carrière. Aujourd’hui, âgé de 84 ans,
c’est sa santé (gêne respiratoire affectant son jeu) qui le
contraint à annuler les concerts prévus jusque fin 2013 (dont un à
l’Olympia), bien décidé à revenir en 2014. Celui qui joua avec
Coleman Hawkins dans le formidable « Sonny meets Hawk ! »
ou avec Don Cherry « Our Man in Jazz » s’entoure
ici (en 1966) de musiciens coltraniens prenant lui aussi une place
déterminante dans le courant post-parkérien . Cet album
chez« Impulse » (arrivé plus tard en France) avait fait
son effet à sa sortie comme en témoigne la critique de Alexandre
Rado.
JAZZ-HOT mars 1968 N°239
Andrew Hill
COMMENTAIRE de Le Jazz Est Là :
Le remarquable concert avec le
trio Jobic le Masson nous a donné envie d’évoquer le nom d’Andrew
Hill, l’une des influences revendiquée du pianiste.
Malheureusement nous ne disposons que d’une critique de la
réédition en 1990. Ce pianiste, mal connu, né en 1931, fut
pourtant « l’un des héros de jazz des années 60 »
(New-York Times) enregistrant notamment pour le célèbre label Blue
Note. Sa musique a défié toute catégorisation jusque dans ses
derniers enregistrements comme dans « Time Lines » (avec
le trompettiste Charles Tolliver). Dans « Point of Departure »
comme dans bien d’autres albums, il est entouré de musiciens qui
ont marqué l’histoire du jazz : John Gilmore ou Joe Chambers
dans « Andrew !!! » (1964), Sam Rivers dans
« Change » (1966). A noter le coffret édité chez Mosaïc
consacré aux sessions Blue Note entre 1967 et 1970 : on le
trouve aux côtés de Ron Carter, Cecil Mc Bee, Pat Patrick, Paul
Motian…Magnifique ! Un « petit maître » qui
méritait la place des grands !
Abbey Lincoln
COMMENTAIRE de Le Jazz Est Là :
En présentant le concert du
15 juin avec Alain Jean-Marie, nous avions mentionné ce célèbre
album auquel le pianiste a participé. Tous les musiciens qui
entourent ici Abbey Lincoln sont prestigieux. A commencer par Charlie
Haden compositeur du thème « First Song » qu’Alain
Jean-Marie a interprété lors du concert.
Depuis sa complicité avec
Max Roach, Abbey Lincoln fut toujours une chanteuse combative,
fortement engagée dans le combat des Noirs aux Etats-Unis. Dans le
N° 488 de Jazz Magazine (janv. 1999), elle raconte : « C’est
Bob Russell (un compositeur), connaissant mes idées, qui m’a
surnommée Abbey Lincoln... Il m’a surnommée Abbey Lincoln en
disant – Peut-être pourras-tu libérer les esclaves,
puisqu’Abraham Lincoln n’y est pas arrivé. » Après un
voyage en Afrique avec Myriam Makeba, on l’appelle aussi « Aminata
Moseka » comme cela est signalé dans l’excellent album
« Painted Lady » (1980) disponible chez Futura Marge
dans lequel elle est, entre autres, aux côtés d’Archie Shepp. (Ce
CD peut être commandé auprès de Le Jazz Est Là)

Changes One : Remember Rockfeller at Attica / Sue's changes / Devil blues / Duke Ellington's sound of love. Mingus (b), Jack Walrath (tp), George Adams (ts, voc), Don Pullen (p), Dannie Richmond (dm). New York, 1974. Atlantic Sd-1677.
Charlie Haden
Charles
Mingus
Changes One : Remember Rockfeller at Attica / Sue's changes / Devil blues / Duke Ellington's sound of love. Mingus (b), Jack Walrath (tp), George Adams (ts, voc), Don Pullen (p), Dannie Richmond (dm). New York, 1974. Atlantic Sd-1677.
Changes
Two :
Free cell block F, 'tis nazi Usa / Orange was the color of her dress,
then blue silk / Black bats and pô les / Duke Ellington's sound of
love* / For Harry Carney. Les
mêmes + (*) Marcus Bel-grave (tp), Jackie Paris (voc). Atlantic
Sd-1678.
A
propos de tant de séances Blue
Note, nous
re marquions récemment, Mes sieurs (les dames s'en fou tent), à
quel point certaines formules instrumentales de venues trop
routinières finis sent par ériger cette routine en loi, et par
frapper d'une lourde amende ceux qui cher chent courageusement à
les en sortir. C'est qu'il ne suffit pas du courage, ni de l'audace,
ni d'une volonté elle-même enroutinée de tout met tre en
l'air. Il faut l'espèce de distraction, de côté
au-dessus-de-ça-malgré-soi qu'il y a dans le génie. Ainsi
Min gus, réattelant la rythmique à la trompette et au ténor,
paraît remonter tout simple ment dans le vieux train hard-bop,
mais
on a compris qu'il fonce droit ailleurs dès avant la sixième
mesure (ce quintette sonne parfois — quand c'est nécessaire —
comme un big band), ba layant comme autant de jour naux de la veille
et d'enve loppes de sandwiches de buf fet de gare (sans beurre) ceux
qui étaient venus l'at tendre au Terminus. Et où va-t-il ? Est-ce
que je sais moi, il dessert toujours ses contrées, même réseau,
autre circuit. Mais avec une fameuse équipe. Là ne pas dire ah
bon. Car c'est ça aussi le génie (l'art du recrutement), et c'est
spécialement le jazz comme musique collective ment géniale où
(nous y serons encore en septembre 96 si vous y tenez) personne en
fin de compte ne peut attri buer plutôt aux sidemen
qu'il
a choisis qu'au patron qu'ils établissent la responsabilité d'être
ensemble gé niaux. La musique
est
de Mingus quand même, l'incita tion, l'orientation, la fraise, il
n'y a pas une seconde à s'y tromper. (Pourquoi la
fraise ? Et
pourquoi pas ? C'est la note qu'il fallait à cet en droit, j'écris
vite et vague ment free mais parfois assez juste.) L'extraordinaire
de Mingus c'est donc qu'il fonce sans pourtant s'arrêter (sic) de
se tenir (mais d'une tout autre façon que Duke) au
beau milieu. Le
pithécan thrope omnivore, rééquili brant sans régime le
métabo lisme instable du jazz, assi milant tout avec une boulimie
ultra-lucide qui ne le porte ni à la dérision, ni à l'hu mour,
mais à une espèce de gaieté. Féroce. Et je reviens alors aux
copains, surtout (laissons pour une fois Rich mond qui est de base)
Adams et Pullen, splendides mons tres encyclopédiques en folie.
Prenez
Pullen : vous devez imaginer un pianiste capable d'être à la fois
ou successi vement Keith Jarrett, Bobby Timmons, Champion Jack
Dupree, Pullen, et Pullen réalise l'exploit, se démène, se
délecte — mais dans un sens Mingus, soit pas pour de la rigolade
ou se faire valoir. Et Adams la même chose, en références
obliques (fausses ou faussées, mais là encore sans intention de
perversion ou de salutations distinguées) à Chew Berry, Arnett
Cobb, Archie Shepp. En fait : intraduisible. Du Mingus pur. A
lire dans le texte. (7/6) J.R. (Jacques Réda)
JAZZ
MAGAZINE N°238 Nov. 1975
Commentaire
de
LE
JAZZ
EST
LA
:
Si
le
nom
de
Charlie
Mingus
est
bien
sûr
très
connu,
il
n’est
pas
sûr
que
toute
son
œuvre
le
soit,
ne
serait-ce
que
par
son
étendue.
Des
musiciens
savent
encore
aujourd’hui
lui
rendre
hommage
en
interprétant
certaines
de
ses
multiples
compositions.
Il
a
révélé
le
talent
de
nombreux
musiciens
dont
il
s’entourait.
Avec
les
deux
albums
sélectionnés
ici,
enregistrés
en
1974,
cinq
ans
avant
sa
disparition
le
5
janvier,
c’est
le
nom
de
deux
musiciens
que
nous
avons
souhaité
mettre
en
avant
, pour
aussi
leur
rendre
hommage,
ayant
également
tous
deux
disparus
: Don Pullen
au
piano
et
George
Adams
au
saxophone
ténor
dont
Mingus
avait
choisi
la
collaboration.
Ils
continueront
leur
voie,
longtemps
ensemble,
avec
toujours
le
fidèle
Dannie
Richmond.
L’un
et
l’autre
ont
une
discographie
remarquable,
très
influencée
par
la
route
ouverte
par
la
nouvelle
génération
des
années70/80.
Ils
ont
sans
doute
beaucoup
appris
chez
Mingus
!
Jacques
Réda
qui
signe
la
critique
fut
chroniqueur
à
Jazz
Magazine
dès
1963.
Signalons
deux
ouvrages
: «
L’Improviste,
une
lecture
du
jazz
»
Gallimard
coll.
Le
Chemin
1980
et
«
Anthologie
des
musiciens
de
jazz
»
Stock
1981.
Charlie Haden
Commentaire de Le Jazz Est Là :
C’est ici un album historique
qu’on ne saurait oublier. Charlie Haden qui fut de nombreuses
années dans le célèbre quartet d’Ornette Coleman aux côtés de
Don Cherry et Ed Blackwell, regroupe ici des musiciens tous acteurs
d’une musique créative, déjà admirés par les amateurs de
l’époque et qui prirent tous une place prédominante dans les
années qui suivirent. Il suffit d’examiner la liste des
participants : on y trouve les regrettés Don Cherry, Dewey
Redman (père de Joshua Redman), Paul Motian récemment disparu et
pour lequel les hommages se multiplient, Roswell Rudd compagnon de
route d’Archie Shepp et de John Tchicai, Andrew Cyrille dont le
talent atteint des sommets aux côtés de Cecil Taylor (Nuits de la
Fondation Maeght) et (ne pouvant tous les citer) Carla Bley à
l’origine de plusieurs arrangements et dont on connaît
l’itinéraire exceptionnel. Il y eut par la suite d’autres
formules du Libération Orchestra, mais celle-ci, imprégnée de
l’atmosphère de l’époque (1970) marquée par de nombreux
combats au niveau international pour l’aspiration à un monde libre
et débarrassé des puissances dominantes et oppressantes, est
particulièrement marquante et émouvante.
Mal Waldron et Steve Lacy
waldron
/ lacy
Mal Waldron quintet
with Steve Lacy - One Upmanship:
One
Upmanship / The seagulls of Kristiansund / Hurray for Flerbie.
Manfred
Schoof (tp), Lacy (ss), Waldron (p), Jimmy Woode (b), Makaya
Ntshoko
(dm).
Enja 2092 (importation
Soul Posters)
Celui-là,
je vous le dis tout net : vous ne pouvez pas vous permettre de le
laisser passer. Le
quintet réuni pour la circonstance par le pianiste se présente
comme une sorte de
«super-groupe », puisqu'à l'exception de Jimmy Woode
chacun des musiciens
ici présents est leader d'une formation notoire. Cela ne
les
empêche nullement d'entrer de plain-pied dans l'univers si
caractéristique
de
Waldron, mais délicatement, discrètement, comme pour ajouter une
petite
ciselure à l'ensemble
de l'édifice que construit patiemment le compositeur. Ce
qui
pour l'auditeur se traduit par un grand plaisir : celui d'entendre
dans un
contexte un peu
inhabituel Steve Lacy bien sûr mais aussi Manfred Schoof.
Quand je pense que l’on
a coutume de qualifier de « sèche» la musique de Mal
Waldron. Exigeante
certes, sèche, sûrement pas. D'autant que jusqu'à la
moelle elle est
imprégnée de blues. Vous avez déjà entendu du blues sec
vous? Si c'est le cas,
faut consulter Barnard d'urgence. Vous avez un paquet
de
lentilles à la place du cœur. Ecoutez donc attentivement The
Seagulls of
Kristiansund. C'est
une des plus belles choses que j'aie entendues depuis bien
longtemps. Depuis le
Black and Crazy Blues de Roland Kirk très exactement.
Et
le solo que prend Lacy! Une merveille je vous dis. - S.L . (Serge
Loupien)
JAZZ
MAGAZINE N°263/mars-avril 1978
:
Commentaire
de Le Jazz Est Là
Le magnifique thème «The Seagulls of
Kristiansund» a été enregistré
de nombreuses fois par Mal Waldron. Signalons
l’album en quintet «Live at The
Village Vanguard avec Woody Shaw, Charlie
Rouse, Reggie Workman et Ed
Blackwell et peu de temps
avant sa disparition
(en
2002) : “One More Time” principalement en duo avec Jean-Jacques
Avenel
et
Steve Lacy sur quelques titres. Exceptionnel
Hal Singer